THIBAUD THIERCELIN
Le Métamorphoseur
Parlons un peu de l’Imagier d’Ainay le Château, Thibaud
Thiercelin fait partie de ces faiseurs d’images qui s’inspirent
directement de ce qu’il a sous les yeux. Mais à la différence
des peintres qui travaillent sur le motif, - fut-ce la montagne Sainte Victoire
de Cézanne, ou les harengs saur de Soutine, - Thibaud Thiercelin fait
subir à ses motifs de multiples transfigurations. Il se prend pour
la nature elle-même pratiquant des hybridations improbables, des mutations
incertaines. C’est un métamorphoseur de premier ordre.
Prenons la petite cabane de son jardin, qui fut jadis peut-être dévolue à un
usage de cabinet, où venait rêver ses usagers, ou qui servie
de petite remise. Thibaud en parsème ses toiles, mais parfois il n’en
reste que la structure fantôme, comme un signe, d’autre fois
elles s’allongent démesurément, elles nous comptent l’histoire
de l’architecture, de son signe portique jusqu’ à s’essorer
vers les hauteurs New Yorkaise que Thibaud a eu devant les yeux. Certaines
pâtures sont semées de maisonnettes, comme une floraison, et
ce serait intéressant de sonder l’âme du peintre quant à ses
floraisons assez extravagantes, en les comparant à une autre série
de toiles semées de bébé. Des éclosions sur des
tiges qui sont des immeubles ou des trompes.
Ce que l’on peut dire sans trop extravaguer c’est que Thibaud
Thiercelin peint plus le sens des formes que les formes elles-mêmes.
Cette maisonnette devient tour à tour, une cabane enfantine, la masure,
le plan essentiel d’une structure bâtie.
On peut relever ainsi dans sa peinture, une sorte d’alphabet, ou plus
exactement de nucleus, de matrices qui vont à travers ses toiles muter
sans cesse. Il y a cette petite cabane. Les bébés, un petit
enfant à chapeau de cow boy, des couples qui dansent avec une telle énergie
qu’ils déforment et absorbent toutes les formes du désir
comme dans un kamasoutra inédit.
Pour le peintre tout semble motif à transformations. Que l’on
ne s’y trompe pas, Thibaud Thiercelin a opté pour une apologie
du vivant, un panégyrique en perpétuelle semence de formes.
C’est l’œuvre d’un homme qui aime la vie dans toute
sa variété et qui expose les motifs de l’aimer.
Gérald STEHR